Haras de Mandore, lignée d’excellence

Depuis quatre générations, la famille De Watrigant fait naître, élève et entraîne à Artassenx l’élite mondiale des pur-sangs arabes. Une passion familiale que prolongent aujourd’hui Damien et Nicolas, les fils de Jean-Marc, fondateur du Haras de Mandore.

Chevaux dans prairies 1

Le hameau d’Artassenx se traverse en une poignée de secondes. Son école, sa mairie, son église, et vous voilà déjà sorti. Loin d’imaginer que vous venez de passer devant quelques-uns des plus beaux chevaux du monde. De l’autre côté de la route, dans un écrin de 140 hectares entre chênaies et pinèdes, nait, grandit et s’entraîne l’élite des pur-sangs anglais et surtout arabes, auxquels la famille De Watrigant a consacré plusieurs vies.

Chaque matin, ils sortent par petits groupes de leurs barns et gagnent la piste d’entraînement de 1 600 mètres tracée dans la plaine. Une mise en jambe progressive suivie de quelques galops pour les uns, une promenade dans la forêt, une séance de « marcheur » pour d’autres… Chacun suit un programme d’entraînement personnalisé en fonction de son état de forme et des courses à venir.

Comme souvent, Jean-Marc de Watrigant, le patriarche, observe avec attention la séance dirigée par son fils Damien, 40 ans et entraîneur du haras. Nicolas, le cadet de la famille (34 ans), fondateur de l’agence de courtage Mandore International Agency, n’est jamais très loin. Ils sont les derniers héritiers d’une longue lignée de passionnés, qui trouve ses origines en 1881.

Chevaux vers piste 1

D’une passion un métier

Cette année-là, le vicomte d’Abbadie de Barrau, ambassadeur en Syrie, fait don de deux juments arabes à son oncle, Pierre de Watrigant, éleveur de chevaux pour l’armée. Son fils Guy, maire d’Artassenx pendant près de trente ans, prolonge la passion de son père et la transmet à son tour à Jean-Marc. « Un oncle, qui revenait de la guerre, voulait un beau cheval pour se promener, raconte ce dernier. Mon père lui en a donné un mais l’oncle n’arrivait pas à le monter. Alors pour s’en séparer, il l’a cédé à son tour à Georges Pelat (un Landais devenu un fameux entraîneur à Maisons-Laffitte). Peu après, le cheval a gagné à Auteuil ! C’est là que mon père a compris que ses chevaux avaient du potentiel et qu’il les a vraiment mis à l’entraînement. »

Le château familial à Artassenx, situé au coeur du haras.
Le château familial à Artassenx, situé au coeur du haras.

En 1965, Jean-Marc de Watrigant crée le haras familial et transforme la passion en véritable métier. Il récupère Mandragore, une jument née à Artassenx et partie faire carrière en concours hippique, et la croise avec Saint-Laurent, « un cheval qui nous battait tout le temps, se souvient-il. Une nuit à quatre heures du matin, de la fenêtre de la salle de bain d’où l’on aperçoit les boxs des poulinières, j’ai vu Mandragore mettre bas. J’ai réveillé ma femme : « Regarde ce poulain ! » C’était un extraterrestre, musculeux, planté, qui me regardait droit dans les yeux. Un cheval incroyable. »

Manganate, né en 1972, devient l’étalon le plus influent du monde arabe. Avec Mandore, la jument née en 1976 qui donnera son nom au haras, il engendre une descendance remarquable, dont le fameux Dormane. Ce cheval exceptionnel, né en 1984 à Artassenx, remporte six courses sur huit sorties en deux saisons, avant de se consacrer à la reproduction, pour laquelle il fait preuve d’un même talent. Plus de 1 500 juments lui sont amenées et sa descendance ne tarde pas à dominer le monde des courses, lui octroyant le statut d’étalon numéro un en Europe.

Viendront ensuite, pour n’en citer que quelques-uns, Kerbella, Kandar, Djelmila, Parador, Djebbel, Cherifa pour les pur-sang arabes, Balaythous, Baie d’honneur, Mambomiss pour les pur-sang anglais.

Mandore et son foal
L’étalon Mandore et son foal, devant la propriété des De Watrigant à Artassenx.

Prestige international

Ces chevaux d’exception ont offert à Jean-Marc de Watrigant une vie passionnante, pleine d’anecdotes glanées autour des hippodromes du monde entier. Il les égrène avec gourmandise à la table familiale. Ce jour-là, c’est la victoire de Manark dans un groupe 2 à Dubaï, quelques jours plus tôt, qui occupe les conversations. Dix longueurs d’avance pour ses débuts en compétition sur le « dirt », sous les yeux de Nicolas et du cheikh Hamdan Al Maktoum, propriétaire de ce cheval né et entraîné durant ses premières années par Damien à Artassenx.

Car en quelques décennies, le prestige des De Watrigant s’est répandu bien au-delà des frontières des Landes. Leur savoir-faire a amené de nombreux propriétaires à leur confier leurs chevaux. « Il y a cinquante ans, nous n’étions qu’une poignée d’éleveurs en France à nous consacrer au pur-sang arabe, rappelle Jean-Marc. L’intérêt des princes du Golfe, depuis le milieu des années 80, a relancé le marché. Certains les prenaient pour des fous mais ils voulaient seulement refonder leurs écuries et rattraper 150 ans de retard. Et ils avaient les moyens d’acheter les meilleurs chevaux… »

Dont beaucoup se trouvaient alors à Artassenx. « La famille a commencé l’élevage de pur-sang arabe quand il n’y avait ni argent ni gloire à gagner, par simple passion », indique Axelle, l’épouse de Damien, représentante régionale des professionnels des courses et responsable de la commission « propriétaires » à France Galop. « Ces chevaux ne sont pas prédestinés pour la vitesse, contrairement aux pur-sangs anglais. Il faut qu’ils s’améliorent au fil des générations. Quand on débute la sélection génétique bien avant les autres, qu’on professionnalise très tôt les méthodes d’entraînement et qu’on s’en occupe comme des pur-sangs anglais, on finit parfois avec dix longueurs d’avance sur la piste. »

Chevaux dans prairies

Les familles régnantes Al Maktoum (Dubaï) et Al Thani (Qatar) sont devenues des partenaires privilégiés de la famille De Watrigant, auprès de laquelle ils se fournissent en étalons et poulinières à travers l’agence de courtage de Nicolas et Meryl, son épouse. D’autres propriétaires confient leurs champions à Damien qui les entraîne dans des conditions idéales : de grasses prairies (plus de trois hectares par tête), des équipements dernier cri, un climat doux et un calme absolu, nécessaire pour ne pas troubler ces athlètes de haut niveau.

Mais ce que les propriétaires viennent avant tout chercher au Haras de Mandore, c’est l’oeil des De Watrigant, aiguisé par plusieurs vies passées à observer ces mystérieux chevaux. « On aime les pur-sangs arabes mais on aime aussi les dénigrer, conclut Jean-Marc. Car ce sont des chevaux compliqués, pas toujours faciles à monter. Mais une fois qu’on est piqué, on ne peut plus s’en défaire… »

Baie d'Honneur remporte le prix Esmralda sur l'hippodrome de Saint-Cloud. A gauche, Nicolas de Watrigant et Meryl. A droite, Damien et Axelle de Watrigant. Tout à droite, Jean-Marc de Watrigant.
Baie d’Honneur remporte le prix Esmeralda sur l’hippodrome de Saint-Cloud. A gauche, Nicolas de Watrigant et Meryl. A droite, Damien et Axelle de Watrigant. Tout à droite, Jean-Marc de Watrigant.

 

Publié dans Terres des Landes #3 (2015)