Boeuf, sur la corde sensible

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Avec “Dans les cordes”, son troisième album sorti le 2 février, l’auteur, compositeur et interprète landais a trouvé la bonne formule. 

Fabien Boeuf nous invite à le suivre sur un autre chemin. Un itinéraire bis, à l’écart des sentiers battus où se complait parfois la scène française, et loin des autoroutes du succès où se bousculent les aspirants vedettes de demain. “Mes idoles, ce sont Dominique A, JP Nataf, Christian Olivier des Têtes Raides, Mathieu Boogaerts, indique-t-il. C’est sûr qu’on ne les voit pas souvent à la télé mais artistiquement, c’est ce qui se fait de mieux.”

Fabien Boeuf appartient à cette confrérie d’artistes-artisans pour qui seuls comptent le goût du travail bien fait, la quête d’un savoir-faire, une certaine forme de liberté aussi. Celle-ci l’a mené vers le rock, la pop, le folk, la chanson française, au cours d’un long voyage musical dont ce nouvel album pourrait bien être la destination finale.

Une formule inédite

Instants saisis au vol, images arrachées au passé, pensées dérobées à notre intime, l’auteur vise toujours aussi juste. Mais il a appris à retenir ses coups : ses mots effleurent, carressent, nous prennent par la main, nous étreignent plus souvent qu’ils ne nous frappent. C’est ce qui fait leur force : ce mélange de profondeur et de légèreté, de lucidité et de fausse innocence.

Fabien Boeuf les a ciselés chez lui, à Laluque. Dans sa maison à l’orée de la forêt, il a ensuite réuni quatre artistes atypiques, tous explorateurs de différents continents musicaux, et s’est nourri de leurs récits de voyage : le touché de Damien Dulau (guitare), le compagnon de longue date, la rythmique (basse et beatbox) de Romain Preuss Scotch (Scotch & Sofa), la chaleur du violoncelle de Martina Rodriguez et le grain de folie de Baltazar Montanaro au violon.

Une formule inédite et, pour tout dire, plutôt osée. Mais l’alchimie se produit bel et bien, à travers des arrangements d’une grande finesse qui conservent, à l’écoute, la fraîcheur et la complicité de l’instant où ils ont jailli. D’où ce délicieux flottement, cette attente curieuse qui nous accompagnent tout au long de l’album. “J’oscille entre mon apprentissage classique de la musique et la quête de la spontanéité. J’aime quand ce n’est pas intellectualisé. Après avoir fait deux albums enfermés chez moi, je voulais m’ouvrir les oreilles. Chacun a créé sa propre partie. J’ai dû apprendre à lâcher du mou, à faire confiance et cela m’a libéré.”

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“Monter sur le ring”

“Dans les Cordes”, à l’image du boxeur qui encaisse les coups et repart au combat. Mais surtout “sur” la corde, tant Fabien Boeuf semble avoir trouvé ici l’équilibre parfait pour avancer sur le fil de l’improvisation, de l’échange, de ce lien que tisse la musique entre ceux qui la jouent et, aussi, avec ceux qui l’écoutent.

Car avant d’être un album, “Dans les Cordes” est un spectacle. Une scène en forme de ring, comme une allégorie de sa vie d’artiste : “J’aime cette idée de monter sur scène comme sur un ring”, précise-t-il, lui qui pratique le noble art depuis trois ans. “Il y a ce noeud au ventre mais aussi l’envie de se battre pour défendre un répertoire et conquérir un public.”

Celui-ci lui est déjà fidèle depuis “Au dedans” en 2007 et “Les Premiers Papillons” en 2010. Nul doute que ce troisième album viendra grossir les rangs de ceux qui accompagnent Fabien Boeuf sur ses chemins de traverse.

Publié dans « Sud Ouest » le 6 février 2015

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“Dans les Cordes”, 12 titres, en vente sur toutes les plateformes de téléchargement (10 euros) ou en physique (15 euros), sur le site www.fabienboeuf.com