1949. Le grand incendie oublié

Couverture du livreIl y a plus d’un demi-siècle, la Forêt des Landes a subi l’un des plus terribles feux de forêt jamais observé en Europe. Il coûta la vie à 82 personnes, fit des centaines de blessés et détruisit 50 000 hectares de pins et de landes dans un triangle entre Cestas, Le Barp et Mios. Mais malgré son ampleur, cette tragédie n’est pas restée dans la mémoire collective.


Après la seconde guerre mondiale, la forêt délaissée est en mauvais état. Les coupe-feu sont encombrés, les sous-bois envahis d’une végétation dense. Trois étés caniculaires se sont succédé et les moyens de lutte contre le feu sont largement insuffisants face au drame qui se profile. Au 18 août, 100 000 hectares de pins sont déjà partis en fumée lors de multiples incendies. Le 19 août aux alentours de 13 heures, le feu se déclenche au lieu-dit Le Murat, dans la commune de Saucats. L’enquête conclut qu’il serait parti de la cabane de la scierie Pioton, où un gardien fumait dans son lit. Les premiers sauveteurs sont rapidement débordés par les flammes qui dévorent la scierie et s’attaquent aussitôt à la lande. Le premier contre-feu allumé au lieu-dit la Lagune du Merle n’y pourra rien, l’incendie se propage. Un vent violent du nord-est le pousse vers la commune du Barp. Son front s’étale alors sur une longueur de 5 km. Toute la nuit, des mesures sont prises pour contrer l’avancée du feu. Trois contre-feux échouent. Le vent tourne et le feu se dirige à l’ouest, il parcourt alors 4 kilomètres par heure. Il menace les villages de Salles et de Mios (le 20 août vers 10 heures, le feu n’est qu’à 600 mètres de Mios). D’importants contre-feux sont mis en œuvre dans la matinée du 20, et l’on croit alors à une accalmie. Mais à 15 h 15, le vent tourne brusquement et prend alors une direction nord-est. Les flammes, attisées par ce vent puissant raniment l’incendie partout où il semblait éteint. Une véritable tornade de feu s’abat alors sur la zone et ses occupants, tuant les 82 sauveteurs présents alors sur le front nord, principalement des pompiers, des bénévoles et 23 militaires du 33e régiment d’artillerie de Châtellerault. « Les flammes bondissent de 200 mètres comme lancées par des engins de guerre. On estime que l’incendie a parcouru 6000 hectares en 20 minutes. On voyait les flammes courir tout au long de leur corps étendus ; la graisse gonflait et les flammes gouttaient au bout de leurs souliers, de leurs bottes ou de leurs sabots carbonisés… », rapporte un des sept hommes survivant à la tragédie.

En plein après-midi, la région est plongée dans l’obscurité : « Une pluie de feuilles et d’aiguilles carbonisées, de morceaux d’écorce calcinée, et de cendres recouvre Bordeaux. » Le nuage de fumée est visible à plus de 100 km à la ronde. A 22 heures, le vent s’étant calmé, la situation s’améliore. Ne restent que deux fronts inquiétants vers Léognan et Pierroton, mais ceux-ci demeurent maîtrisables. Il faudra encore plusieurs jours aux pompiers pour parvenir à sécuriser définitivement l’incendie, le 26 ou le 27 août.

Malgré son ampleur, cette tragédie n’a pas imprimé dans la mémoire collective des autochtones. Peut-être parce que leur tempérament les pousse à faire fi des mauvais souvenirs.

Un livre de Joan Deville, « L’ incendie meurtrier dans les forêts des Landes en août 1949 », aux éditions des pompiers de France, raconte dans le détail cet épisode du point de vue des soldats du feu.

Deville, J. (2009) : L’incendie meurtrier – dans la forêt des Landes en août 1949. Paris (les Éditions des Pompiers de France), (ISBN 978-2-916079-20-2)