1905. La « découverte » de la Côte d’Argent

Le vacancier lascif, baigné de soleil sur une plage de la côte landaise, bercé par le ronron de l’Océan, est loin de s’en douter. Même l’enfant du pays ignore souvent cette histoire pitorresque et désormais centenaire qui a vu la naissance de la Côte d’Argent. Un simple baptême en réalité mais qui a pris, sous l’impulsion d’un homme, les contours d’une véritable expédition.
En 1887, le littoral des Alpes-Maritimes fut le premier se baptiser « Côte d’Azur ». En 1894, les stations balnéaires entre Cancale et le cap Fréhel (Saint-Malo, Dinard, Paramé) furent regroupées sous l’appellation de « Côte d’Émeraude », sur l’idée de l’avocat malouin Eugène Herpin. Ce mouvement toponymique était lancé, et l’idée ne tardait pas à arriver jusqu’au oreilles de Maurice Martin. Initialement employé d’une grande maison de négoce en vin, il se tourne vers le journalisme et se passionne rapidement pour les sports : cyclisme (il est un des fondateurs en 1891 de la course Bordeaux – Paris), rugby, automobile et aviation, pour le compte de la Petite Gironde, un quotidien sportif, de L’Illustration, et surtout pour la Revue du Touring Club de France. C’est à ce titre qu’il participa à un périple organisé par le Comité d’Initiative de Boulevard Arcachon-Biarritz, dont le projet était de créer un boulevard pour automobiles reliant les deux villes le long de la côte alors sauvage. C’est un véritable corps expéditionnaire qui se lance le 20 mars 1905 depuis Arcachon, sur les chemins sablonneux à l’assaut des étendues de pins. Il est organisé sous la forme d’une caravane de chevaux et de onze charrettes muletières et composé de journalistes, sportifs, scientifiques et des notables, dont le conservateur des Eaux et Forêts de Bordeaux et des représentants de l’Automobile Club de France. « Ils venaient pour faire ce qu’à peu près personne n’avait jamais fait avant eux : s’enfoncer dans le mystère des grandes Landes de Gascogne où ils avaient été conviés pour y rêver d’une route pour automobiles », commenta un chroniqueur.
Lors de l’étape à l’hôtel Lespès de Mimizan-les-Bains, Maurice Martin soumet à l’assistance son idée de rebaptiser les rivages du Pays de Born, « Côte d’Argent », expression inspirée des reflets argentés en surface de l’océan Atlantique, et qui s’étendra à tout le littoral aquitain, de Royan à Hendaye. Une plaque sur la façade de l’hôtel Lespès cite les vers du poète :
« C’est là que jadis contemplant ce rivage,
Séduit par les reflets du flot toujours changeant,
Pour la première fois j’ai vu la Côte d’Argent. »
L’idée suscite aussitôt l’enthousiasme et la caravane, qui rencontre sur sa route un franc succès populaire, se charge de la faire circuler tout au long du littoral. En 1907, le Congrès National des Sociétés de Géographie consacre officiellement l’adoption de ce vocable. La partie royannaise de la Côte d’Argent a été rebaptisée Côte de Beauté en 1930. Dans les années 1960-1970, une mission interministérielle créée par décret du 20 Octobre 1967, prend en charge l’aménagement touristique de l’ensemble de la côte aquitaine en prenant exemple sur celui qui était en cours sur le littoral du Languedoc-Roussillon. La Côte-d’Argent est aussi l’appelation d’un comité de la Fédération française de rugby qui regroupe les clubs du Pays de Born jusqu’à l’agglomération bordelaise. Pour la petite histoire, le projet de boulevard automobile entre Biarritz et Arcachon fut abandonné quelques années après…