Le scolyte, un minuscule coléoptère, prolifère depuis le printemps sur les ruines de la tempête Klaus. Il menace désormais l’ensemble du massif landais, contraint de se réinventer à court terme pour survivre.

Pins roussis par l'attaque du scolyte.
Bien sûr, la menace n’est pas nouvelle. Le scolyte et son penchant pour le pin maritime ont été identifiés dès les années 60. Mais sa menace, jadis contenue, dépasse cette année tout ce que nous avons pu connaître par le passé. En cause : la tempête Klaus, les milliers d’hectares de chablis, les arbres couchés, brisés, meurtris. « Le scolyte prolifère dès que les arbres sont affaiblis, explique à La Dépêche du Midi Jean-Pierre Téchené, adjoint technique forestier de la Direction départementale des territoires et de la mer. J’ai connu ses attaques dès 1985 après le gel. Mais c’était resté limité. Là, l’attaque nous montre la dimension réelle de Klaus. »
Mais aussi la dimension réelle des changements climatiques qui touchent la planète : car la reproduction du scolyte était jusqu’à présent contrôlée par la rigueur des hivers. La succession récente d’hivers doux semble avoir favorisé le cycle de reproduction de ces insectes, entrainant leur prolifération. Les pins roussissent alors, inexorablement, touchés les uns après les autres par cette contagion silencieuse que le staphylin, prédateur naturel du scolyte, ne peut contenir.
2 à 4 degrés de plus localement !
En temps normal, le scolyte joue un rôle primordial et positif dans l’équilibre des forêts, en véhiculant les spores et en régulant l’évapotranspiration des arbres. Toutefois, lorsque les arbres sont déshydratés, ceux-ci émettent des hormones, annihilant leurs défenses naturelles. Les scolytes ne rencontrent alors plus de barrière et pénètrent à l’intérieur du tronc pour y déposer ses larves, dont la troisième éclosion saisonnière est attendue pour cette fin août dans les Landes.

Type de scolyte, insecte xylophage.
Plus l’arbre est soumis a un stress hydrique important (périodes de sécheresse), plus celui-ci est susceptible de mourir des attaques des scolytes. C’est ce qu’on a déjà pu observer dans le massif des Rocheuses aux Etats-Unis où le « pin tordu », l’essence dominante là-bas, est actuellement menacée elle aussi par la prolifération de l’insecte. Pire, l’impact de cette prolifération sur la biosphère ne se résume pas seulement à la mort de milliers d’arbres mais aussi à un changement des paramètres climatiques locaux tels que la température et les précipitations. En effet, les scolytes sont responsables de l’arrêt de la photosynthèse au niveau des pins fortement déshydratés ainsi que de rejets locaux d’importantes quantités de dioxyde de carbone. Les chercheurs du NCAR (centre national de recherche atmosphérique situé au Colorado) estiment que l’impact des scolytes pourrait entrainer une hausse locale de la température de 2 à 4 degrés ! (source : http://www.techno-science.net/forum/viewtopic.php?t=13369)
La fin d’un modèle
Il faudra attendre l’automne pour évaluer l’étendue des dégâts sur le massif landais. Mais on estime déjà qu’entre 5 et 10 millions de tonnes de bois perdu pourraient s’ajouter aux 40 millions dévastés par Klaus. Pour les forestiers, la situation est évidemment catastrophique. D’autant que le prix du pin mort victime du scolyte ne dépasse pas un euro la tonne, contre plus de 20 euros pour les arbres sains.
Depuis la tempête de 1999, le massif landais a perdu plus de la moitié de ses pins et la succession de plaies qui s’abattent sur lui oblige à revoir de fond en comble notre conception de la forêt landaise. C’est la monoculture qui est en cause. « Les forêts mélangés sont plus résistantes que les forêts pures, c’est-à-dire composée d’une seule essence comme le pin maritime dans le cas des Landes, explique Hervé Jactel, directeur de recherche à l’INRA de Bordeaux. Parce qu’une essence forestière mélangée à d’autres est plus difficile à localiser par les insectes ravageurs et parce que les forêts mélangées abritent davantage d’ennemis naturels des ravageurs, autres insectes ou oiseaux insectivores. D’un point de vue strictement écologique, il convient donc de réfléchir à une diversification des essences forestières pour le massif, en créant des îlots ou des haies de feuillus à disperser dans l’espace forestier. »
Revenir, en somme, à la forêt d’avant 1857, d’avant la privatisation à marche forcée. Cette forêt de chênes, de feuillus, de pins, de hêtres, de haies, cette lande dont Félix Arnaudin a capté le dernier souffle tout au long de sa vie.
D’un point de vue écologique, cela ne se discute pas… Mais d’un point de vue économique ? Qui a aujourd’hui intérêt à renoncer à la monoculture intensive du pin maritime, une des essences les plus productives ? Qui prendra le risque de diversifier les espèces sans garantie de dividendes ? Qui reboisera le massif, et pour quels bénéfices ? A l’heure où tout le monde parle d’écologie, que souhaitons-nous faire, nous Landais, de notre forêt ? Aurons-nous seulement notre mot à dire ? Une chose est sûre : il est temps de changer.



Adishatz,
En effet, cette cochonnerie va vite, bien trop vite à mon goût voir pas très naturel…
Sans vouloir faire le jeu d’un quelconque « complot », je trouve que cela tombe à point. Là où certains n’ont toujours pas été indemnisé, la question d’une re-plantation va encore davantage se poser, une fois le bilan posé…
Elles vont être belles nos landes avec ces forêts de panneaux photovoltaïques…
Je vous cite:
« Revenir, en somme, à la forêt d’avant 1857, d’avant la privatisation à marche forcée. Cette forêt de chênes, de feuillus, de pins, de hêtres, de haies, cette lande dont Félix Arnaudin a capté le dernier souffle tout au long de sa vie. »
Vous vous rendez compte, j’imagine, de la contradiction qui règne dans cette phrase.
La lande est, par définition, un espace déboisé et non une forêt.
C’était aussi un espace largement artificiel, issu de défrichements plus ou moins anciens.
Pour ce que l’on en sait, la forêt était donc beaucoup plus réduite (environ 350 000 ha au début du XIXème siècle) et peut-être plus mélangée mais pas miraculeusement mélangée non plus. Le pin maritime était dominant dans les forêts existantes.
Quand au hêtre dans les Landes, à part quelques reliques de climats bien plus froids qui se sont maintenues dans quelques rares vallons, il n’était pas présent.
Cette mythification du passé est assez exaspérante.
Ceci ne remet pas en cause l’intérêt d’augmenter le mélange, à ceci près qu’avec les sols landais et ce qu’on nous annonce des sècheresses à venir, il va falloir faire preuve d’imagination…
de retour d’un séjour dans les landes, j’ai remarqué beaucoup de pins « roussis » et je n’avais pas été depuis juin 2009. Je ne savais pas que c’était cet insecte. La tempete et cela en primes, les beaux paysages forestiers des Landes ne seront bientot plus qu’un souvenir, il faut faire quelque chose !
L’invasion des scolytes, les tempêtes, le prix dérisoire de vente du bois: un ensemble d’ heureux événements qui devraient obliger les pouvoirs publics et les sylviculteurs à repenser l’exploitation de la foret landaise.
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